Gouvernance projets – Quelques notions fondamentales … avec un peu de recul

Par le 22 février 2016

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Gouvernance projets – Quelques notions fondamentales … avec un peu de recul

Ce billet est présenté en deux parties largement indépendantes, la première ayant pour vocation à aborder le sujet sur le fond et la deuxième, plus légère et décalée, destinée à prendre du recul sur ce sujet plutôt sérieux de prime abord.

Nous choisissons de vous inviter à un petit voyage – certains y verront plus un détour – dans le monde du vocabulaire des modes de gouvernance, applicable dans l’univers des projets. Le regard porté par ce billet n’a pas vocation à couvrir le sujet de manière globale. Son approche se limite à un regard singulier et conceptuel, par le prisme de notions caractéristiques des modes de gouvernance. De ce fait, ce billet ne rentre pas dans la construction des structures projets, ni dans le jargon du vocabulaire projet avec ses MOA, MOE, AMAO, AMOE …

Première partie – Un mode de gouvernance adapté :

Lorsque l’on cherche à améliorer ou transformer une organisation pour la rendre plus efficiente ou modifier son champ d’action, développer un nouveau produit ou service, créer une nouvelle infrastructure ou même simplement à résoudre un problème, on est amené à mettre en place un « mode de travail » – l’expression est ici volontairement neutre – spécifique, qui va mobiliser des compétences pluridisciplinaires, spécialisées et transversales.

Il existe de nombreuses variantes de modes de gouvernance projet, en fonction de leur principe constitutif majeur, des plus bureaucratiques aux plus agiles.

Les organisations correspondantes devant trouver leur place dans un contexte organisationnel et culturel ayant ses propres caractéristiques et objectifs, les organisations projets peinent souvent à définir et faire vivre leur propre mode de collaboration. Nous ne développons pas ici cette problématique, illustrée par ailleurs par des billets présentés dans nos différents blogs Cegos, en particulier celui du Management, par exemple au travers de la problématique du management transversal.

L’adhocratie…

D’un point de vue étymologique, le terme le plus approprié pour décrire une organisation projet est « adhocratie » : du latin ad hoc, pour cela, mis en place pour répondre spécifiquement à un besoin et de kratos (à ne pas confondre avec gratos …), pouvoir, autorité.

Ce terme (adhocracy en anglais) a été créé dans les années 1960 par Warren Bennis et Pillip Slater et ses principes ont été formulés par Alvin Toffler en 1970 dans son livre « Future shock », où il développe l’idée que l’essor de l’adhocratie est une conséquence directe de l’accélération de l’évolution de la société dans son ensemble.

Cette notion a été popularisée par Robert Waterman J. en 1990, dans son livre « Adhocraty, the power to change ». Ce dernier la définit comme « toute forme d’organisation qui dépasse les frontières bureaucratiques classiques pour saisir les opportunités, résoudre les problèmes et obtenir des résultats ».

D’autres théoriciens ont développé ce concept, comme l’universitaire Henry Mintzberg, qui a défini de manière approfondie les caractéristiques propres de ce mode fonctionnement.

S’adapter à des environnements instables et complexes…I

Ce type d’organisation est particulièrement adapté à des environnements instables et complexes. Il est flexible, multidisciplinaire, innovant et fondé sur un ajustement mutuel et permanent entre ses parties prenantes.

L’organisation est établie pour une période donnée et fondée sur la définition d’objectifs à atteindre à des échéances elles-mêmes fixées.

Elle suppose un certain niveau – pour ne pas dire un niveau certain – de responsabilisation et d’autonomie de ses acteurs.

Les engagements entre les acteurs sont par nature réciproques – sur le principe de l’engagement contractuel – chacun ayant un rôle spécifique avec des droits et devoirs convenus.

Le mode de management est fondamentalement de type facilitateur et le mode de leadership est résolument proactif.

Par nature, ce mode de fonctionnement doit être le produit d’une concertation des acteurs et se traduire par des règles fondamentales :

  • spécifiques, pour s’adapter aux particularités du projet et de son contexte et permettre la souplesse nécessaire pour faire face aux aléas du projet
  • minimales, pour préserver le degré d’autonomie de chacun
  • adhérées.

Le devoir d’alerte est intrinsèque à ce mode de fonctionnement, et le pilotage une clé de son efficience.

Deuxième partie – Complément de vocabulaire pour ceux qui veulent frimer en étalant leur science … ou simplement rire un peu :

La langue française étant très riche – trop, apparemment, au vu de la dernière réforme de l’orthographe – il existe de très nombreux termes pour qualifier les modes de gouvernance.

Comme ce n’est pas parce qu’un sujet est sérieux qu’il faut le traiter de manière grave, le parti pris est maintenant d’oser s’amuser un peu.

Tout en restant dans le champ des projets, voici un florilège de notions alternatives à celle développée dans la première partie de ce billet, volontairement choisies parmi les plus exotiques.

Avertissement aux lecteurs de la suite de ce billet, emprunté à Jorge Volpi (La fin de la folie) :

« Ce livre est une œuvre de fiction. Toute ressemblance avec la réalité est à imputer à cette dernière. »

Deuxième précaution : les termes suivants sont présentés par ordre alphabétique, afin de ne pas risquer d’induire une priorisation implicite ou autres associations d’idées non imputables à l’auteur de ce billet.

Allez, il est temps de se jeter à l’eau …

Anarchie : absence de gouvernement

Autocratie : gouvernement par un individu

Commentaire de l’auteur : notion ayant donné lieu à de très nombreuses variantes

Bicéphalisme : gouvernement par une double structure de pouvoir

Bureaucratie : gouvernement par l’administration

Dyarchie : gouvernement par deux personnes

Expertocratie : gouvernement par des experts

Commentaire de l’auteur : un gourou étant un expert … dans l’art de se gourer, imposer nos idées aux autres est le meilleur moyen de ne pas s’entendre.

Gérontocratie : gouvernement par les plus âgés

Gynocratie : gouvernement par les femmes

Inaptocratie (ou Kakistocratie) : gouvernement par les moins capables

Klérostocratie (ou Stochocratie) : gouvernement par tous, par tirage au sort

Commentaire de l’auteur : on peut s’interroger quant au fait que les deux dernières notions donnent lieu à des synonymes …

Phallocratie : gouvernement par les hommes

Triumvirat (Troïka : variante russe) : gouvernement par trois personnes

Etc.

PS : comme un point de vue, aussi assumé soit-il, ne doit pas prétendre à s’imposer aux autres, voici une citation de Paul Valéry allant dans le sens de la dernière réforme de l’orthographe, dont la mention et le commentaire plus haut auraient pu interpeler certains lecteurs : « l’absurdité de notre orthographe, qui est en vérité une des fabrications les plus cocasses du monde, est bien connue. Elle est un recueil impérieux ou impératif d’erreurs d’étymologie artificiellement fixées par des décisions inexplicables ».

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brun Il y a 3 mois

Mon cher Thierry,
en qualité de partenaire Cegos, j’entends souvent parler de toi et j’apprécie et te remercie pour la qualité de ton analyse.Je te suggère de rajouter une autre approche : l’holacratie qui est un modèle préétabli, une technologie sociale des organisations qui prend la forme d’une boîte à outils (selon Bernard Marie Chiquet du cabinet IGI Partners). J’ai eu l’occasion d’échanger avec Bernard Marie sur le rapprochement entre holacratie et les délégations lors de la constitution de l’équipe projet: cela mérite d’y sensibiliser autant les managers que les équipiers et….bien sûr les chefs de projet.
bonne lecture sur ce lien,
contact@igipartners.com

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    Thierry Defendi

    Thierry Defendi Il y a 3 mois

    @André : j’apprécie également et te remercie pour ta contribution à ce billet, tout à fait dans l’esprit de partage de nos blogs.
    Le modèle d’holacratie, a vocation à être un exemple « constitué » d’adhocratie, avec des modalités de fonctionnement tout à fait spécifiques, intégrant des principes d’agilité et de lean management.
    Il enrichit utilement le référentiel des alternatives méthodologiques de management des projets, dans un contexte actuel particulièrement ouvert aux innovations managériales.
    Un billet dédié à un tour d’horizon des dernières tendances dans ce domaine serait sûrement utile !