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Le projet : une histoire de raison et de passion

Par le 1 juin 2015

Le projet : une histoire de raison et de passion

Une histoire de raison et de passion

La construction d’un projet est souvent confiée à un professionnel ayant de grandes capacités logiques, déductives, analytiques. Soit ses capacités sont reconnues, par la réalisation de projets passés par exemple, soit elles sont pressenties à travers un parcours, une formation ou encore une attitude laissant présager un fort potentiel. Ses compétences techniques le mettent alors en position de spécialiste, d’autant plus facilement que ses compétences correspondent au cœur des tâches requises dans le projet.

Dans ces conditions, comment concilier l’application de ces compétences et l’ouverture à d’autres cultures, que ces cultures soient liées aux métiers, aux personnes ou aux besoins du client ? Comment concilier la garantie de méthodes éprouvées, testées, validées et l’innovation indispensable à tout projet ? Bref, comment concilier raison et imagination, raison et passion ?

Rêver son projet

Selon le mathématicien Jacques Hadamard, l’imagination – au sens d’une pensée en image –joue un grand rôle dans l’invention mathématique. Souvent, un mathématicien « voit » une solution en imaginant un chemin nouveau qui conduit entre deux domaines des mathématiques jusque-là séparés. La vision vient en premier, la démonstration suit. Ce n’est sans doute pas un hasard si le mot « théorème » renvoie, selon l’étymologie grecque, au mot « vision ».

Pour Einstein, l’imagination n’est pas ennemie de l’abstraction. C’est même à travers des expériences de pensée imaginaires (comme le fait de s’imaginer dans un ascenseur en train de tomber) que le physicien parvient à s’extraire de l’expérience courante et peut concevoir de nouvelles relations entre les choses.

Pour G. Bachelard, la pensée est tiraillée entre deux pôles : la raison et l’imagination. À la fois homme de science et poète, G. Bachelard ne mettait pas l’une au-dessus de l’autre, mais en faisait deux compartiments séparés de l’esprit humain. Il disait : « Il faut que l’imagination prenne trop pour que la pensée ait assez » (G. Bachelard, L’air et les songes), ou encore « Il faut que l’imagination soit vision pour que la raison soit révision ».

Le chef de projet a ainsi tout intérêt à « imaginer » son projet, à le « rêver » d’abord.

Comment rêver son projet ?

Rêver son projet n’est pas une chose facile pour une personne entraînée à raisonner logiquement, à dérouler des processus, fixée sur des objectifs quantifiés, réels, concrets. Plusieurs pistes peuvent être explorées.

Le portrait chinois, en complétant ces phrases :

  • Si mon projet était un pays, ce serait…………
  • Si mon projet était une personne, ce serait…………….
  • Si mon projet était un événement historique, ce serait…………….
  • Si mon projet était une bande dessinée, ce serait…………….

A vous de rechercher aussi d’autres pistes. Par exemple, si mon projet était une qualité, une plante, une maison, un moyen de transport, un sport, etc.

Deuxième méthode : imaginer le projet fini.

Il s’agit cette fois de faire travailler son imagination en se projetant dans le futur. Concentrez-vous par exemple sur l’ultime Comité de Pilotage où vous devrez rendre votre livrable final. Vous projetez un diaporama, vous faites une démonstration de votre logiciel, vous dévoilez une maquette, etc. C’est le moment précis où votre projet s’achève. Imaginez les réflexions des membres de ce comité de pilotage : Que disent-ils ? Sur quoi s’émerveillent-ils ? Sur quoi portent leurs éloges ? Qu’aimeriez-vous entendre ? Voir ? Ressentir ? De quoi êtes-vous le plus fier ?

Que ce soit par la première ou la deuxième méthode, ou une méthode qui vous est plus personnelle, vous touchez ainsi au plus près les sources de vos motivations, les aspects les plus enthousiasmants pour vous, ce qui vous meut le plus dans ce projet.

Notez ensuite tout ce dont vous avez rêvé de façon à en garder la trace. Cela vous permettra de vous recentrer sur vos motivations quand vous en aurez besoin et de recentrer le projet sur les véritables intentions de départ.

Evoquez ce rêve avec votre sponsor pour vous assurer de ne pas partir sur des fantasmes, des illusions qui seraient les vôtres mais qui heurteraient le client. Cependant, faites-le aussi rêver ! Si vous démarrez sur un simple « faisable, de façon réaliste », vous risquez de ne jamais convaincre vos partenaires, de ne pas réveiller en eux la part de rêve nécessaire pour les faire adhérer et maintenir leur implication.

Revenir à la raison

Selon un vieux proverbe qui dit « Accroche ta charrue à une étoile », vous pouvez maintenant revenir à ce monde très concret où vous êtes, pour tracer un sillon droit. Ce sillon pourra bien sûr être oblique de temps en temps pour éviter le gros rocher inattaquable mais vous ne perdrez pas de vue votre étoile qui vous guidera.

En clarifiant bien la situation de départ, avec ses forces et ses faiblesses, et en connaissant bien maintenant votre étoile, votre rêve, vous pouvez tracer le cap, définir les étapes, identifier les principaux événements qui vont marquer la progression de votre projet.

Fixer les objectifs intermédiaires, évaluer les distances, définir les ressources dont vous avez besoin, mettre au point les indicateurs qui vous diront que vous êtes sur la bonne voie, tout cela fait partie de vos compétences et, avec votre équipe, une bonne dose de bonne volonté, de courage et d’entente vous permettront de réussir.

Il y a juste un danger qui vous guette…

Ce danger, c’est ce qu’on appelle l’effet Pygmalion.

Connaissez-vous Pygmalion ? Avec un P, pas avec un B !

Dans la mythologie grecque, Pygmalion, sculpteur chypriote de l’Antiquité, a créé, d’après la légende, une statue de femme d’une telle beauté qu’il en est tombé amoureux. Chaque jour, il lui apportait des petites retouches, il lui parlait. Il lui semblait que cette statue était l’œuvre de sa vie, sa raison d’être. A tel point qu’il alla demander aux dieux de donner vie à cette statue. La déesse Aphrodite, touchée de tant de passion, exauça son vœu. Et Pygmalion coula des jours heureux avec sa bien-aimée.

Inspirés de cette légende, des auteurs ont nommé l’effet pygmalion la prophétie « auto-réalisatrice » qui désigne l’influence d’hypothèses sur l’évolution des performances des individus. Des expériences ont été menées par exemple avec des enseignants. On a fait croire à des enseignants que tel et tel enfant ayant passé des tests de QI avaient eu des résultats remarquables et qu’ils étaient des petits génies (En fait, ils avaient des résultats dans la moyenne de leur classe). A la fin de l’année, les expérimentateurs ont pu vérifier que ces enfants avaient développé de bien meilleures aptitudes que les autres. Tout se passe comme si les enseignants, convaincus du talent de ces enfants, avaient fait en sorte que leur croyance se réalise. Par leur attention, par leurs encouragements, par une pédagogie juste adaptée à leur niveau, etc.

La force de conviction peut déplacer des montagnes !

Votre rêve aura la même force car il vous nourrira chaque jour de cette détermination à toute épreuve. Le danger réside seulement dans la fausse route. Ne confondez pas détermination et entêtement, passion et folie, courage et inconscience.

C’est là que l’imagination et la raison seront vos meilleures alliées, si l’une et l’autre savent se renforcer mutuellement. Citons une nouvelle fois Gaston Bachelard : « Il faut que l’imagination soit vision pour que la raison soit révision ».

Einstein en a témoigné, comme bien d’autres physiciens et mathématiciens. Les scientifiques seraient donc avant tout de grands rêveurs.

Voilà de quoi réenchanter la science…. et nos projets !

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