Abonnez-vous au blog

Afin de vous abonner et pour des raisons de sécurité, votre navigateur doit accepter les cookies et le JavaScript.

Eviter les collisions dans nos projets avec le management des risques

Par le 26 octobre 2015

USS_Abraham_Lincoln(CVN_72)

L’histoire suivante est une transcription «présumée » d’une conversation radio réelle entre un navire de la marine américaine et le contact maritime canadien au large des côtes de Terre-Neuve en Octobre 1995.

Américains : S’il vous plaît détournez votre cap de 15 degrés Nord pour éviter une collision.

Canadiens : Nous vous recommandons de détourner votre cap de 15 degrés Sud pour éviter la collision.

Américains : Ici le capitaine d’un navire de l’US Navy. Je dis à nouveau : détournez votre cap.

Canadiens : Non, je le répète, vous, détournez votre cap.

Américains : CECI EST LE PORTE-AVIONS USS LINCOLN, LE SECOND PLUS GRAND NAVIRE DE LA FLOTTE ATLANTIQUE DES ÉTATS-UNIS. NOUS SOMMES ACCOMPAGNES DE TROIS DESTROYERS, TROIS CROISEURS ET DES NAVIRES AUXILIAIRES NOMBREUX. JE VOUS DEMANDE DE CHANGER DE CAP DE 15 DEGRES NORD, 1-5 DEGRES NORD, OU DES CONTRE-MESURES SERONT PRISES POUR ASSURER LA SECURITE DE CE NAVIRE.

Canadiens : Nous sommes un phare. A vous.

Vous avez dit risque ?

« Événement ou ensemble d’événements incertains, qui, s’il se produisait, affecterait la réalisation des objectifs. »

Ça vous dit quelque chose ? Il s’agit de la définition d’un risque selon le PMI® (Project Management Institute – USA). Certains événements viennent ainsi se planter au travers du chemin que nous avions tracé pour notre projet. Nous souhaiterions qu’ils soient ailleurs, mais le fait est qu’on ne peut déplacer tous les phares de tous les océans du monde !

Il existe néanmoins des solutions pour éviter de se ridiculiser.

éviter les collisions dans nos projets avec le management des risques

 

Affûter la longue-vue pour identifier les obstacles

Une première étape clé est d’identifier l’ensemble des évènements qui pourraient semer le trouble dans notre projet. Plusieurs outils peuvent permettre de documenter un registre des risques potentiels :

  • Le brainstorming avec l’équipage du projet, avant le départ du port ;
  • L’arête de poisson (je continue dans l’analogie maritime !), également appelé diagramme d’Ishikawa ;
  • Les checklists de risques, alimentées par les campagnes précédentes (indiquant par exemple qu’en Bretagne, il y a plein de fars, mais qu’il y en a moins du côté de Terre-Neuve).

Solliciter la sagacité du marin pour évaluer la criticité

La probabilité de percuter un phare est faible, mais la dangerosité de la situation est extrême !

A contrario, le fait de croiser un globicéphale noir est très probable, mais sans impact négatif sur le projet.

Comment différencier les risques avec discernement et bien miser l’énergie de l’équipage ?

Une solution consiste à classer les risques sont par ordre de criticité, selon deux paramètres :

  • La probabilité d’apparition de l’événement à risque.
  • La gravité des conséquences de l’événement à risque.

La criticité d’un risque est d’autant plus grande que l’événement a une grande probabilité d’apparition et des conséquences très graves.

Préserver le navire et l’équipage

Identifier et évaluer les risques les plus critiques, c’est bien, encore faut-il les traiter ! Cela peut prendre 4 formes différentes :

  • Éviter : supprimer les causes ou l’origine par une révision des objectifs ou un aménagement de la solution (exemple : modifier le plan de navigation pour être certain d’éviter le phare).
  • Atténuer : diminuer soit la probabilité (exemple : doubler la surveillance électronique d’une surveillance visuelle des obstacles au large), soit la gravité (exemple : si on croise un phare, on lui envoie trois torpilles pour le faire sortir du cap), ou les 2.
  • Transférer : négocier avec partenaires spécialisés ou mieux équipés (ex : un satellite de surveillance spécialisé dans le positionnement des objets en mer). Se couvrir par une assurance.
  • Gérer : pour les risques tolérables, prévoir des marges en coût, délai, performances, assurer un contrôle efficace, des responsabilités de suivi. Établir un « plan de secours » activé si le risque se produit (exemple : 3 mois de délais provisionnés au cas où il faudrait remettre le navire à flot après percussion d’un phare !).

Continuer à surveiller l’horizon

Les conditions de navigation peuvent évoluer très vite. Malgré tous les efforts mis en œuvre pour gérer les risques, il y a fort à parier que le navire va rencontrer des évènements que l’équipage n’avait pas prévus.

C’est pourquoi il faut piloter le traitement des risques les plus critiques, et continuer, à chaque point d’étape, à identifier, évaluer et traiter de nouveaux risques.

Comme quoi, le management des risques projets n’est pas « so phare away » !

(Citation du jour :  « Si vous voulez aller sur la mer sans aucun risque, n’achetez pas un bateau, achetez une île ! » – Marcel Pagnol)

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Etienne Il y a 3 années

Bonjour,

Il est certain « qu’en Bretagne, il y a plein de fars, mais qu’il y en a moins du côté de Terre-Neuve »… qui ne connait pas le far breton ? Je pense cependant qu’il s’agit ici du phare dont vous vouliez parler.

Merci pour vos très bons articles,
Etienne

Répondre
    François Debois

    François Debois Il y a 3 années

    @Etienne : oui, il s’agissait bien de phares… et de fars ! (je n’ai pas résisté au clin d’oeil, mes origines bretonnes rejaillissent à des endroits insoupçonnés!)
    Merci pour votre fidélité au blog.
    François

Fabien RAYNAUD Il y a 3 années

Excellente cette histoire. Et quelle chute 🙂
Au-delà de la gestion du risque (Risque = Occurrence du problème x Impact sur le projet), cette histoire évoque avant tout pour moi le fait de bien connaitre les objectifs et contraintes de chaque intervenant du projet.
Chacun possède des contraintes plus ou moins fortes et n’est pas nécessairement aligné sur le même objectif. Une bonne communication tout au long du projet permet de s’assurer que tout le monde avance vers le même objectif, en respectant les uns et les autres.

Fabien RAYNAUD
http://www.FabienRaynaud.com

Répondre
    François Debois

    François Debois Il y a 3 années

    @Fabien : complètement d’accord ! Chaque partie prenante du projet se ballade effectivement avec son jeu de contraintes. Plus on les anticipe tôt, lorsque la marge de man oeuvre du projet est maximale, plus on est en capacité de les appréhender.

Stéphanie Il y a 3 années

Merci ! La communication c’est la clé de tout 🙂

Répondre

Abonnez-vous au blog

Afin de vous abonner et pour des raisons de sécurité, votre navigateur doit accepter les cookies et le JavaScript.